Atmo PACA - Air et pollution

L'air et la pollution

Interview de Jean-Laurent Lucchesi, directeur de la réserve naturelle du Marais du Vigueirat

L’effet de serre déboussole les migrateurs en Camargue

« Cet hiver (2007) on a recensé jusqu’à 80 cigognes aux Marais du Vigueirat, il y a vingt ans pas une ne restait » insiste Jean-Laurent Lucchesi. Le directeur de cette réserve naturelle de Camargue nichée près d’Arles constate certains des effets du réchauffement climatique sur la faune et la flore locale. « Le cas du gobe mouche Noir est le plus symptomatique. Il revient d’Afrique en avril, et s’arrête sur le chemin du Nord de l’Europe, car il se nourrit d’ une espèce de chenille qui éclot à cette époque en Camargue. Sauf que, depuis quelques années, le printemps sonne plus tôt pour la chenille, qui éclot désormais en mars. » Le gobe mouche rate le rendez-vous et repart ventre vide. « On doit s’attendre à une décroissance démographique de cet oiseau migrateur, car il ne s’adapte pas à ce changement » estime M. Lucchesi. Autre conséquence de l’effet de serre, l’iris des marais fleurit quinze jours plus tôt qu’auparavant. Et une libellule nord africaine, autrefois rarissime en Camargue, Hemianax Ephippiger, y est maintenant comme chez elle. « Le réchauffement climatique fait d’anciennes exceptions une règle nouvelle, sans que l’on puisse bien savoir quelles seront les conséquences sur des écosystèmes aux équilibres fragiles ».

 

Photo : J-L Lucchesi